La Photographie en Trek - Introduction

Grandeur et servitudes de la photo en trek

La plupart des gens font de la photo lors d'un trek. Il faut dire que les sujets ne manquent pas : les paysages bien entendu, mais aussi les habitants des contrées visitées, les maisons et bâtiments, la faune et la flore locale, les marchés, les inévitables couchers de soleil et bien d'autres encore. Bref, en trek tout est différent de chez soi et donc propice à la photographie. Ceci dit, le trek amène aussi son lot de contraintes pour le photographe.

Tout d'abord, il vaut mieux marcher léger. Même si j'ai vu un trekkeur robuste et motivé emporter deux boîtiers, une multitude d'objectifs et un pied léger (salut Alain !), on essaie généralement d'éviter ce genre de configuration. Dommage parce qu'un pied de trois kilos ça vous stabilise bien ce superbe objectif professionnel de 300mm que vous teniez tant à essayer.

Ensuite, il faut pouvoir accéder rapidement à son matériel : le temps de poser son sac à dos, d'extraire l'appareil, de changer l'objectif, de régler, de cadrer, de prendre la photo, de ranger l'appareil et de remettre le sac sur ses épaules, le groupe de marcheurs a déjà une ou deux centaine(s) de mètres d'avance sur vous. Ce n'est pas grand chose direz vous. Mais, à moins que vous n'ayez un niveau physique supérieur au leur, vous allez devoir forcer l'allure pour les rattraper. Multipliez l'exercice par le nombre de photos que vous allez prendre chaque jour et vous allez comprendre que l'appareil a de plus en plus de chances de ne sortir du sac que lorsque vous pensez être devant un sujet exceptionnel (et jamais pendant l'ascension des cols).

Le dernier gros problème est qu'il n'est pas question, devant un superbe paysage éclairé à contre-jour, d'attendre que le soleil tourne ou de revenir plus tard. Pas question, non plus, de changer de chemin parce que de l'autre coté de la vallée on a un meilleur angle pour photographier ce sommet. En trek, on est là pour faire de la marche d'abord, de la photo ensuite ! La seule alternative dans ces cas est de prendre la photo quand même ou de passer son chemin.

Les conseils qui suivent sont tirés de ma propre expérience de plusieurs années de trek et de photo. Ne les prenez pas pour vérité d'évangile, il s'agit juste d'une opinion. Il est évidemment possible de faire de très bonnes photos en ignorant totalement ces conseils.

La vision des «maîtres»

Avez-vous déjà entendu parler de Gilles Bordessoule, Olivier Grunewald ou Oliver Fölmi ? Si, si, regardez bien sur la table de votre salon, il y a des chances qu'un de leurs «pavés» de plusieurs kilos contenant des photos à tomber par terre s'y trouve. Ces photographes partagent avec les trekkeurs de difficiles conditions de travail : ils vont chercher leurs portraits et paysages dans des endroits inaccessibles comme le fin fond du Zanskar ou le désert de Namibie. Et, sous une forme ou une autre, ils donnent tous le même conseil aux amateurs que nous sommes : arrêtez de bouger comme cela, restez plusieurs jours (ou même semaines, ou mois ?) au même endroit. Attendez la lumière (euh, au sens propre du terme, bien sûr, l'autre est réservé au bouddhistes), attendez de gagner la confiance des gens, attendez l'instant ... avant de déclencher. Pour être l'objet d'autant d'unanimité de la part de personnes réalisant d'aussi belles photos, ce conseil doit être bon !

Malheureusement, il se trouve que j'aime cette errance permanente du trekkeur, cette transe que procure le rythme lent de la marche, ces paysages toujours renouvelés, ces rencontres éphémères et superficielles, cette ivresse de sensations, cette vie de nomade en transit. Alors tant pis : jamais mes photos ne figureront dans un de ces beaux bouquins, jamais je ne vivrai de cela et je continuerai de faire de la photographie ordinaire en marge de très beaux voyages.

Dernière mise à jour le dimanche 11 Décembre 2016. Copyleft Franck Zecchin 2016.