La Photographie en Trek

Grandeur et servitudes de la photo en trek

La plupart des gens font de la photo lors d'un trek. Il faut dire que les sujets ne manquent pas : les paysages bien entendu, mais aussi les habitants des contrées visitées, les maisons et bâtiments, la faune et la flore locale, les marchés, les inévitables couchers de soleil et bien d'autres encore. Bref, en trek tout est différent de chez soi et donc propice à la photographie. Ceci dit, le trek amène aussi son lot de contraintes pour le photographe.

Tout d'abord, il vaut mieux marcher léger. Même si j'ai vu un trekkeur robuste et motivé emporter deux boîtiers, une multitude d'objectifs et un pied léger (salut Alain !), on essaie généralement d'éviter ce genre de configuration. Dommage parce qu'un pied de trois kilos ça vous stabilise bien ce superbe objectif professionnel de 300mm que vous teniez tant à essayer.

Ensuite, il faut pouvoir accéder rapidement à son matériel : le temps de poser son sac à dos, d'extraire l'appareil, de changer l'objectif, de régler, de cadrer, de prendre la photo, de ranger l'appareil et de remettre le sac sur ses épaules, le groupe de marcheurs a déjà une ou deux centaine(s) de mètres d'avance sur vous. Ce n'est pas grand chose direz vous. Mais, à moins que vous n'ayez un niveau physique supérieur au leur, vous allez devoir forcer l'allure pour les rattraper. Multipliez l'exercice par le nombre de photos que vous allez prendre chaque jour et vous allez comprendre que l'appareil a de plus en plus de chances de ne sortir du sac que lorsque vous pensez être devant un sujet exceptionnel (et jamais pendant l'ascension des cols).

Le dernier gros problème est qu'il n'est pas question, devant un superbe paysage éclairé à contre-jour, d'attendre que le soleil tourne ou de revenir plus tard. Pas question, non plus, de changer de chemin parce que de l'autre coté de la vallée on a un meilleur angle pour photographier ce sommet. En trek, on est là pour faire de la marche d'abord, de la photo ensuite ! La seule alternative dans ces cas est de prendre la photo quand même ou de passer son chemin.

Les conseils qui suivent sont tirés de ma propre expérience de plusieurs années de trek et de photo. Ne les prenez pas pour vérité d'évangile, il s'agit juste d'une opinion. Il est évidemment possible de faire de très bonnes photos en ignorant totalement ces conseils.

La vision des «maîtres»

Avez-vous déjà entendu parler de Gilles Bordessoule, Olivier Grunewald ou Oliver Fölmi ? Si, si, regardez bien sur la table de votre salon, il y a des chances qu'un de leurs «pavés» de plusieurs kilos contenant des photos à tomber par terre s'y trouve. Ces photographes partagent avec les trekkeurs de difficiles conditions de travail : ils vont chercher leurs portraits et paysages dans des endroits inaccessibles comme le fin fond du Zanskar ou le désert de Namibie. Et, sous une forme ou une autre, ils donnent tous le même conseil aux amateurs que nous sommes : arrêtez de bouger comme cela, restez plusieurs jours (ou même semaines, ou mois ?) au même endroit. Attendez la lumière (euh, au sens propre du terme, bien sûr, l'autre est réservé au bouddhistes), attendez de gagner la confiance des gens, attendez l'instant ... avant de déclencher. Pour être l'objet d'autant d'unanimité de la part de personnes réalisant d'aussi belles photos, ce conseil doit être bon !

Malheureusement, il se trouve que j'aime cette errance permanente du trekkeur, cette transe que procure le rythme lent de la marche, ces paysages toujours renouvelés, ces rencontres éphémères et superficielles, cette ivresse de sensations, cette vie de nomade en transit. Alors tant pis : jamais mes photos ne figureront dans un de ces beaux bouquins, jamais je ne vivrai de cela et je continuerai de faire de la photographie ordinaire en marge de très beaux voyages.

Le matériel

Boîtier et objectifs

Compte tenu de ce que j'ai dit plus haut sur la nécessité de voyager léger et de préserver un accès facile au matériel, on pourrait penser que le compact est l'appareil idéal : très léger, facile à porter à la ceinture ou en bandoulière dans son étui, un flash est même inclus ... Malheureusement, si ces appareils sont d'excellents bloc-notes photo ils ne peuvent prétendre à une qualité suffisante : petits objectifs de qualité moindre que sur un reflex, petits capteurs, absence de réglages créatifs qui conduisent au commentaire désabusé «ça ne rend pas» (traduisez : le sujet est beau mais ma photo ne l'est pas) et absence de l'enregistrement de l'image en mode RAW qui rend par la suite le traitement de l'image plus difficile.

Bref, le salut est dans le reflex, mais quel reflex ? Pas de boîtier pro full frame étanche à la poussière et aux projections d'eau en tout cas, et pas non plus d'objectifs f/2,8 qui vont avec. Cela peut sembler un paradoxe de ne pas utiliser en trek des appareils qui sont précisément faits pour les conditions difficiles que nous affrontons parfois, mais ce type de matériel pèse le poids d'un âne mort. A oublier donc. Contentez vous d'un boîtier de milieu de gamme, voire bas de gamme (ils ne sacrifient que quelques fonctions que vous n'utiliserez sans doute pas et ils sont un peu plus légers) et d'objectifs d'ouverture moyenne. Pensez juste à bien protéger ces appareils dans un sac photo (voir le paragraphe qui est consacré au sac) quand ils ne sont pas utilisés et cela compensera l'absence de protection intégrée.

ObjectifsUn, deux ou trois objectifs ? Au delà de trois (toujours pour des raisons de poids et d'accessibilité) c'est du vice. Si vous en prenez trois, ce seront sans doute les classiques zoom grand-angle, zoom trans-standard et zoom téléobjectif, mais sachez que depuis que les fabriquants on créé des gammes d'objectifs spécialisés pour capteurs de format APS-C, les focales ne sont pas toujours alignées sur les standards du 24x36. Examinez donc attentivement la gamme de votre fabriquant préféré. Si vous n'en prenez que deux, le choix sera plus difficile ... ou pas. Osez donc le choix que font certains photo reporters et que j'ai utilisé moi même un temps : zoom grand-angle et zoom téléobjectif et on oublie le trans-standard. Si vous n'en prenez qu'un seul, ce sera souvent le trans-standard vendu en kit avec le boîtier, mais il y a d'autres choix...

Nikon D90 18-200 VRNikon (oui, désolé, ça ressemble à de la pub) a créé il y a quelques années l'objectif AF-S DX NIKKOR 18-200mm f/3.5-5.6G ED VR. C'est un objectif adapté aux appareils à capteurs de format APS-C et qui est assez petit. Si on ramène ses focales au format 24x35mm, il va de la focale 27mm en grand angle à la focale 300mm en téléobjectif. Le sigle VR signifie qu'il a un stabilisateur d'image intégré et que vous pouvez donc faire des photos en basse vitesse s'il y a peu de lumière (utile combiné à la haute sensibilité des capteurs actuels, car son ouverture maximale n'est pas extraordinaire). Cet objectif ne possède certes pas la qualité d'image d'autres zooms qui couvrent une moindre gamme de focales, mais il offre tout de même une qualité plus qu'honnête. Collez le sur un boîtier comme un D7000, un D90, un D5000/5100 ou encore un D3000/3100 et vous obtiendrez un outil d'une efficacité remarquable pour la photo de trek. C'est mon choix depuis plusieurs années maintenant, et je ne me vois pas en changer dans un proche avenir. Pourquoi Nikon ? Je ne suis pas un Nikonophile acharné (j'utilisais des Canon auparavant), mais ce sont les seuls à proposer un objectif qui ait cet excellent compromis encombrement/adaptabilité/qualité si utile en trek.

Les accessoires

C'est simple : il n'y en a pas vraiment besoin. La sensibilité des capteurs de reflex aux basses lumières vous dispense d'utiliser un pied ou un flash. Certes, un pied pourrait augmenter le piqué des photos de paysage, mais il faut pour cela un pied de plusieurs kilos ... et nous sommes en trek. Même chose pour le flash : il reste bien utile pour déboucher les contre-jours, mais en trek le flash intégré de votre reflex suffira bien pour cet usage. Les effets produits par les filtres (en tout cas la plupart d'entre eux) peuvent quant à eux être reproduits lors du traitement de l'image.

Les seuls accessoires que j'emporte sont :

Le sac photo

Comme je vous l'ai dit plus haut, en trek, il faut «dégainer» son appareil avec rapidité et le ranger de même. J'ai donc travaillé soigneusement les gestes qui me permettent de prendre une photo, de changer d'objectif, de changer de pellicule ou de carte mémoire (ne riez pas, c'est vrai).

Photo RunnerLa clef de l'efficacité dans ce domaine est l'utilisation d'un sac photo de ceinture de style «banane». Lowepro en a toute une gamme et ils sont excellents. Si vous avez plusieurs objectifs, vous vous laisserez tenter par un modèle Inverse ou Photo Runner. Pour ma part, le D90 avec son 18-200mm loge tout juste dans un Off Trail 1 débarrassé de ses deux pochettes à objectifs amovibles et cet ensemble me procure une grande liberté de mouvement lors de la marche. Le modèle illustrant l'article est le photo runner ancien modèle que j'utilisais avec mon reflex argentique et deux objectifs.

Photo RunnerUtiliser un sac photo de ceinture permet, ayant repéré un sujet potentiel, de continuer à marcher en ouvrant le sac et en prenant l'appareil. Si un changement d'objectif est nécessaire, on peut alors s'arrêter pour déposer l'objectif monté sur le boîtier dans le compartiment central, puis enlever le bouchon arrière du télé-objectif (par exemple) pour le mettre sur l'objectif enlevé, puis mettre le télé-objectif sur le boîtier. Une fois la photo prise, la manipulation est à refaire dans l'autre sens car le télé-objectif ne tiendrait pas dans le sac en étant monté sur le boîtier. En cas de changement de batterie ou de carte mémoire, le sac ouvert sert de support au boîtier et les deux mains peuvent alors effectuer le changement confortablement. On peut effectuer la plupart de ces opérations en marchant lentement et on n'a besoin de s'arrêter vraiment que lors de la prise de vue proprement dite. Tout le temps de l'arrêt peut alors être consacré à la réflexion sur la composition de l'image. Une configuration mono-objectif permet non seulement de ne pas perdre de temps à changer les objectifs mais également à éviter que de la poussière ne vienne se mettre sur le capteur pendant ce changement. Quand vous bouclerez la ceinture du sac à dos, faites la passer plus bas que le sac photo, cela évitera que celui-ci glisse à la faveur des mouvements des jambes pendant la marche.

Cartes mémoire et batteries

Emporter en trek du matériel photo numérique peut faire peur, sachant qu'il n'y aura pas, pendant plusieurs semaines peut-être, de prise de courant pour recharger ses batteries et d'ordinateur pour décharger ses cartes mémoire. Dans la pratique, ce n'est pas un problème. Les grosses batteries de reflex permettent de faire couramment 500 à 800 images avant de déclarer forfait (et même beaucoup plus avec certains boîtiers). Je prends pour ma part quatre batteries, mais j'en utilise rarement plus de deux. Même chose pour les cartes mémoire : leur prix est devenu dérisoire au fil des années et disposer des giga-octets nécessaires à stocker les centaines voire les milliers d'images que l'on peut faire pendant un voyage n'est pas un problème, même si vous enregistrez vos images en format RAW comme je vous y incite plus loin. Un conseil : prenez plutôt plusieurs cartes de plus petite capacité qu'une grosse carte qui vous ferait tout votre voyage. Si une carte venait à avoir une défaillance, vous ne perdriez alors que les photos stockées sur celle là et pas toutes les photos du voyage. Les disques durs alimentés par batterie ou piles et qui permettent de sauvegarder le contenu des cartes mémoires sans avoir besoin d'un ordinateur peuvent sembler une solution sécurisante, mais dans les conditions difficiles d'un trek ils s'avèrent beaucoup moins fiables que les cartes elles-mêmes (j'ai personnellement connu des problèmes avec ce genre de matériel et je ne suis pas le seul). La meilleure solution à tous points de vue (fiabilité, simplicité, poids) est d'avoir assez de cartes pour stocker toutes les photos du voyage et à les protéger dans des boîtiers étanches et résistants aux chocs. Certains boîtiers permettent d'enregistrer les images sur deux cartes mémoire simultanément. C'est le summum en matière de sécurité : la probabilité que deux cartes tombent en panne simultanément est très réduite si elles ne sont pas stockées au même endroit.

Vous venez d'acquérir un nouvel appareil photo et vous ne savez pas combien de batteries et de cartes mémoire vous devez prendre en voyage? Estimez tout d'abord le nombre de photos que vous allez faire chaque jour en fonction de vos habitudes (ne soyez pas timide dans vos estimations, le numérique incite à mitrailler). Faites des photos de sujets variés et calculez la taille moyenne des fichiers qui ont été créés lors de ces prises de vues. Le nombre de photos par jour multiplié par le nombre de jours de voyage multiplié par cette taille moyenne vous donnera la taille des cartes que vous avez à prendre. N'hésitez pas à appliquer un solide coefficient à ce nombre pour vous réserver une bonne marge de sécurité. Pour les batteries : charger une batterie à bloc puis faites chaque jour autant de photos avec l'appareil que vous comptez en faire par jour en moyenne pendant le voyage (vous pouvez prendre n'importe quel sujet à répétition sans chercher à répartir ces photos dans la journée). Une fois la batterie vidée, vous savez combien de jours elle tiendra pendant le voyage. Là encore, prendre une bonne marge de sécurité est une précaution élémentaire. Après votre premier trek, vous pourrez raffiner ces estimations.

Faites du RAW

Le format RAW est un format d'image numérique spécifique à chaque appareil et qui, contrairement au JPEG, ne contient pas une image directement exploitable mais un enregistrement brut (d'où le nom) du signal produit par le capteur. Il faut donc utiliser un logiciel spécialisé pour convertir le format RAW en un format directement exploitable par les logiciels de traitement d'images (JPEG ou TIFF). Le format RAW entraîne des contraintes, mais ses avantages sont très importants :

Les contraintes sont :

La première contrainte n'en est plus vraiment une compte tenu de la baisse de prix des cartes mémoire. Il suffit de prévoir sa capacité de stockage en conséquence. Pour minimiser la deuxième, utilisez un logiciel de visualisation/conversion des RAW efficace. J'utilise pour ma part Adobe Photoshop Lightroom. Il est spécialement conçu pour les photographes, il permet de peaufiner les réglages lors du «développement» d'un fichier RAW pour en extraire le maximum.

Un conseil de prise de vue si vous utilisez le format RAW. Certaines sujets présentent un faible contraste lumineux. Vous vous en apercevrez en examinant l'histogramme de l'image (d'une manière générale, regarder l'image sur l'écran de contrôle après la prise de vue ne sert pas à grand chose, il vaut mieux consulter l'histogramme pour savoir si votre image est correctement exposée) car la courbe de cet histogramme n'occupera pas tout l'espace de la gauche, qui symbolise les basses lumières à la droite, qui symbolise les hautes lumières. Or, le capteur enregistre des différences de couleur plus subtiles et avec moins de bruit dans les hautes lumières que dans les basses (je simplifie outrageusement, mais si vous voulez la vraie explication technique, cherchez les termes «exposer à droite» sur le Web). Pour profiter de cette capacité du capteur dans les hautes lumières, il faut refaire l'image en surexposant pour que la courbe de l'histogramme vienne «buter» sur la droite du graphique (sans excès, la courbe doit toujours être comprise dans les limites du graphique). Lorsque vous visualiserez l'image ainsi enregistrée, pas de miracle : elle sera surexposée, blanchâtre et délavée. Mais diminuez l'exposition dans le logiciel de traitement des RAW et augmentez le contraste et vous aurez alors une meilleure image que si vous aviez laissé la courbe de l'histogramme au centre comme votre appareil le suggérait probablement spontanément.

En pratique, l'utilisation du format RAW signifie que vous allez pouvoir exploiter pleinement votre appareil numérique pour obtenir un rendu de vos images que vous ne pourrez espérer avoir en JPEG. Les possibilités offertes par le RAW sont vraiment étonnantes, aussi, malgré les contraintes, faites du RAW : je vous assure que vous ne le regretterez pas et ne reviendrez jamais au JPEG.

Le traitement des images

Ce n'est pas parce qu'une image numérique a été correctement enregistrée lors de la prise de vue, ou en d'autres termes qu'elle contient toute l'information que l'on souhaite restituer, des plus hautes aux plus basses lumières, qu'elle est utilisable telle quelle pour un tirage ou pour le Web. Une modification de son rendu est souvent nécessaire pour amener une photo brute sortie de la carte mémoire à un fichier destiné à un tirage soigné ou à un site Web de qualité.

D'aucuns n'hésitent pas à qualifier de «tricherie» toute forme de traitement de l'image. C'est une position quelque peu irréaliste : les appareils photo, qu'ils soient argentiques ou numériques ne restituent pas l'image telle que vous l'avez vue lorsque vous avez pris la photo. L'oeil est un magnifique outil qui s'adapte aux fortes ou aux faibles luminosités, aux forts ou aux faibles contrastes et aux diverses températures de couleur, et je ne parle même pas de la manière dont le cerveau interprète l'image ensuite. Les appareils photo que nous utilisons sont loin de ces performances et, paradoxalement, pour pouvoir communiquer à d'autres ce que vous avez vu sur place vous devrez traiter vos images. Même la retouche (l'élimination d'un détail gênant qui vous a échappé à la prise de vue) ne fait que reproduire un comportement que les photographes ont eu depuis toujours : lorsqu'un élément gène dans une photo ... on le sort du cadre. Combien de photos de «nature sauvage» ont-elles été prises sur le bord d'une route ?

Là encore, mon logiciel de choix est Adobe Photoshop Lightroom. Non seulement il permet de tirer la quintessence des fichiers RAW comme expliqué plus haut et de faire de petites retouches, mais il permet également de gérer toute la chaîne de production de l'image depuis le déchargement de la carte mémoire, le catalogage, la sélection en passant par le traitement et en finissant par la création de diaporamas, la préparation pour l'impression et la création de galeries pour le Web. Tout ce dont vous avez besoin est là.

Le HDR

L'histogramme que votre reflex numérique affiche après la prise de vue vous permet d'être sûr de ne jamais mal exposer une photo : si la courbe est tronquée à droite, vous surexposez, si elle est tronquée à gauche vous sous-exposez. Vous n'avez alors plus qu'à refaire la photo avec la correction d'exposition correspondante (à moins que cela ne soit volontaire). Mais que se passe-t-il si la courbe est tronquée à la fois à droite et à gauche ? Cela signifie que le sujet est trop contrasté, c'est à dire que l'écart entre les hautes et les basses lumières de la scène est trop important pour le capteur de votre appareil.

S'il ne s'agit pas d'un effet que vous voulez créer et si vous voulez réellement enregistrer dans la même photo aussi bien les hautes lumières que les basses, il existe un moyen : le HDR ou High Dynamic Range. Il s'agit de prendre plusieurs photos (au minimum deux) de la même scène avec des expositions différentes et de les assembler en les superposant dans un logiciel spécialisé pour que toutes les parties de l'image soient correctement exposées. Idéalement, les différentes photos sont prises avec un pied pour que les images se superposent parfaitement ... mais nous sommes en trek et nous n'avons pas de pied. Il faut donc utiliser le mode bracketing de votre reflex conjointement au mode rafale. Je règle pour ma part le mode bracketing pour prendre une image exposée normalement, puis une image sous-exposée de 2 IL. Cela suppose donc que je mémorise l'exposition lors de la prise de vue sur une zone de basses lumières (l'exposition correcte pour les hautes lumières sera alors la vue sous-exposée). L'utilisation du mode rafale permet de prendre les photos de la série sans trop bouger entre les images.

Le logiciel roi pour assembler ensuite les images d'une série HDR est Photomatix. Il permet de réaligner automatiquement les images qui ont été prises à main levée et d'estomper les parties du sujet qui auraient bougé entre les différentes images (si les mouvements ne sont pas trop importants). Son utilisation est très controversée car il donne un look artificiel aux images qu'il crée, mais changez ses réglages et vous obtiendrez une image dont le traitement HDR est très discret.

Les photos panoramiques

On peut également assembler des photos prises en séquence pour recomposer un panorama géant. Là encore, cela se passe normalement avec un pied pour aligner au mieux les différentes images mais, là encore, il est tout à fait possible de procéder à main levée. Balayez une première fois le champ que vous voulez photographier pour être sûr que la zone à photographier est dans le cadre. Utilisez les repères des zones de mise au point que vous avez dans le viseur pour aligner les différentes images et faire en sorte qu'elles se recouvrent : repérez lorsque vous déclenchez un détail du paysage sur lequel est le repère le plus à droite (si vous balayez de gauche à droite) et déplacez le cadrage pour mettre sur ce détail le repère le plus à gauche et ainsi de suite. Il est dit dans la littérature photo qu'il faut mettre l'appareil photo en mode d'exposition manuel pour prendre la série de photos de manière à ce que les différentes images soient prises avec le même réglage, ce qui facilitera le travail du logiciel d'assemblage. Je ne suis pas d'accord et je vous suggère de laisser un mode d'exposition automatique : si votre panoramique est suffisamment large, l'orientation de la photo par rapport au soleil (et donc l'exposition) va considérablement varier entre les photos aux extrémités du panoramique et il est plus important d'avoir des photos correctement exposées tout au long de la série, même si les réglages doivent changer. Les logiciels d'assemblage aujourd'hui corrigent très bien les luminosités hétérogènes entre les images.

Le logiciel d'assemblage de panoramiques que j'utilise est Autopano Pro. Il permet de réaliser des assemblages parfaits de manière totalement automatique et en tolérant très bien les erreurs d'alignement des images prises à main levée et les écarts d'exposition. Il permet également de corriger des panoramiques qui présentent des défauts d'alignement (photo de bâtiments notamment où l'aspect rectiligne des arêtes est capital).

Photographie et éthique

Photographier les gens que vous rencontrez lors d'un trek est toujours délicat. Vous ne faites que passer et, à moins que vous soyez dans une région où les gens demandent à être photographiés (cela existe, spécialement quand la fréquentation touristique est faible), vous n'avez pas le temps de gagner leur confiance, ce qui est généralement la condition sine qua non pour un consentement de leur part qui ne soit pas obtenu à l'arraché.

Faute de cela vous allez, le plus souvent, soit vous heurter à un refus, soit obtenir un accord en échange (c'est plus ou moins explicite suivant les cas) d'un tirage que vous leur enverrez. S'ils sont dans un endroit trop reculé pour être touché par la poste, pensez à demander l'adresse de votre guide. Il pourra apporter les tirages lors d'un trek suivant. Les personnes photographiées seront très heureuses d'avoir un tirage et votre guide, ayant joué les intermédiaires, renforcera d'autant son prestige auprès des gens du coin. Bref, tout le monde est gagnant !

En cas de refus ou, plus subtilement, d'absence d'accord manifeste, un cruel dilemme se présente à vous. D'un coté, vous avez tellement envie d'avoir une photo de ce personnage au faciès si typique dans son (plus ou moins) beau costume traditionnel pour pouvoir montrer à votre famille et à vos amis «comment ils sont là bas». D'un autre coté, que la personne vous signifie clairement son désaccord ou pas, vous comprenez bien que vous vous apprêtez à faire preuve d'un total manque de savoir vivre pour satisfaire un désir purement égoïste. Vous n'avez qu'à vous imaginer des touristes venant vous photographier dans votre ville pendant une de vos activités quotidiennes (faire les courses par exemple) parce qu'ils vous trouvent typiques. Comment réagiriez-vous ? Qu'en penseriez-vous ? Ne riez pas, c'est arrivé, et quand cela arrive à un trekkeur, il perd curieusement l'envie de photographier le premier autochtone qui passe !

La honteA titre d'illustration, regardez la photo ci-contre prise au Zanskar. Le sujet qui fait l'objet de tant d'attentions est une vieille Zanskarie qui récure ses casseroles dans le ruisseau devant chez elle. Un vrai groupe de japonais devant la tour Eiffel, non ? Les quatre photographes, dont l'anonymat est miséricordieusement préservé, n'avaient pas conscience de ce qu'ils faisaient et furent morts de honte en voyant cette photo.

La palme revient certainement à ceux qui monnaient les séances de pose des gamins «si mignons» avec des bonbons ou des stylos. Outre le fait que, si les bonbons leur donnent des caries ils ne sont pas près de trouver un dentiste là où ils sont, le fait de leur donner ces objets inscrira au fer rouge dans leur esprit : «touriste = bonbons + stylos». A partir de là, il ne faut plus s'étonner aujourd'hui d'être harcelé en arrivant dans les villages les plus reculés par une horde de gamins qui crient «hello», «pen», «bonbon». Cela peut finir par énerver, mais vous savez au moins à qui vous devez cela. Alors, par pitié pour vos camarades trekkeurs, si vous voulez absolument caser votre paquet de stylos bic, donnez-les à l'instituteur du village et mangez vos bonbons vous-même !