La photographie en trek - Matériel

Boîtier et objectifs

Compte tenu de ce que j'ai dit plus haut sur la nécessité de voyager léger et de préserver un accès facile au matériel, on pourrait penser que le compact est l'appareil idéal : très léger, facile à porter à la ceinture ou en bandoulière dans son étui, un flash est même inclus ... Malheureusement, si ces appareils sont d'excellents bloc-notes photo ils ne peuvent prétendre à une qualité suffisante : petits objectifs de qualité moindre que sur un reflex, petits capteurs, absence de réglages créatifs qui conduisent au commentaire désabusé «ça ne rend pas» (traduisez : le sujet est beau mais ma photo ne l'est pas) et absence de l'enregistrement de l'image en mode RAW qui rend par la suite le traitement de l'image plus difficile.

Bref, le salut est dans le reflex, mais quel reflex ? Pas de boîtier pro full frame étanche à la poussière et aux projections d'eau en tout cas, et pas non plus d'objectifs f/2,8 qui vont avec. Cela peut sembler un paradoxe de ne pas utiliser en trek des appareils qui sont précisément faits pour les conditions difficiles que nous affrontons parfois, mais ce type de matériel pèse le poids d'un âne mort. A oublier donc. Contentez vous d'un boîtier de milieu de gamme, voire bas de gamme (ils ne sacrifient que quelques fonctions que vous n'utiliserez sans doute pas et ils sont un peu plus légers) et d'objectifs d'ouverture moyenne. Pensez juste à bien protéger ces appareils dans un sac photo (voir le paragraphe qui est consacré au sac) quand ils ne sont pas utilisés et cela compensera l'absence de protection intégrée.

ObjectifsUn, deux ou trois objectifs ? Au delà de trois (toujours pour des raisons de poids et d'accessibilité) c'est du vice. Si vous en prenez trois, ce seront sans doute les classiques zoom grand-angle, zoom trans-standard et zoom téléobjectif, mais sachez que depuis que les fabriquants on créé des gammes d'objectifs spécialisés pour capteurs de format APS-C, les focales ne sont pas toujours alignées sur les standards du 24x36. Examinez donc attentivement la gamme de votre fabriquant préféré. Si vous n'en prenez que deux, le choix sera plus difficile ... ou pas. Osez donc le choix que font certains photo reporters et que j'ai utilisé moi même un temps : zoom grand-angle et zoom téléobjectif et on oublie le trans-standard. Si vous n'en prenez qu'un seul, ce sera souvent le trans-standard vendu en kit avec le boîtier, mais il y a d'autres choix...

Nikon D90 18-200 VRNikon (oui, désolé, ça ressemble à de la pub) a créé il y a quelques années l'objectif AF-S DX NIKKOR 18-200mm f/3.5-5.6G ED VR. C'est un objectif adapté aux appareils à capteurs de format APS-C et qui est assez petit. Si on ramène ses focales au format 24x35mm, il va de la focale 27mm en grand angle à la focale 300mm en téléobjectif. Le sigle VR signifie qu'il a un stabilisateur d'image intégré et que vous pouvez donc faire des photos en basse vitesse s'il y a peu de lumière (utile combiné à la haute sensibilité des capteurs actuels, car son ouverture maximale n'est pas extraordinaire). Cet objectif ne possède certes pas la qualité d'image d'autres zooms qui couvrent une moindre gamme de focales, mais il offre tout de même une qualité plus qu'honnête. Collez le sur un boîtier comme un D7000, un D90, un D5000/5100 ou encore un D3000/3100 et vous obtiendrez un outil d'une efficacité remarquable pour la photo de trek. C'est mon choix depuis plusieurs années maintenant, et je ne me vois pas en changer dans un proche avenir. Pourquoi Nikon ? Je ne suis pas un Nikonophile acharné (j'utilisais des Canon auparavant), mais ce sont les seuls à proposer un objectif qui ait cet excellent compromis encombrement/adaptabilité/qualité si utile en trek.

Les accessoires

C'est simple : il n'y en a pas vraiment besoin. La sensibilité des capteurs de reflex aux basses lumières vous dispense d'utiliser un pied ou un flash. Certes, un pied pourrait augmenter le piqué des photos de paysage, mais il faut pour cela un pied de plusieurs kilos ... et nous sommes en trek. Même chose pour le flash : il reste bien utile pour déboucher les contre-jours, mais en trek le flash intégré de votre reflex suffira bien pour cet usage. Les effets produits par les filtres (en tout cas la plupart d'entre eux) peuvent quant à eux être reproduits lors du traitement de l'image.

Les seuls accessoires que j'emporte sont :

Le sac photo

Comme je vous l'ai dit plus haut, en trek, il faut «dégainer» son appareil avec rapidité et le ranger de même. J'ai donc travaillé soigneusement les gestes qui me permettent de prendre une photo, de changer d'objectif, de changer de pellicule ou de carte mémoire (ne riez pas, c'est vrai).

Photo RunnerLa clef de l'efficacité dans ce domaine est l'utilisation d'un sac photo de ceinture de style «banane». Lowepro en a toute une gamme et ils sont excellents. Si vous avez plusieurs objectifs, vous vous laisserez tenter par un modèle Inverse ou Photo Runner. Pour ma part, le D7000 avec son 18-200mm loge tout juste dans un Off Trail 1 débarrassé de ses deux pochettes à objectifs amovibles et cet ensemble me procure une grande liberté de mouvement lors de la marche. Le modèle illustrant l'article est le photo runner ancien modèle que j'utilisais avec mon reflex argentique et deux objectifs.

Photo RunnerUtiliser un sac photo de ceinture permet, ayant repéré un sujet potentiel, de continuer à marcher en ouvrant le sac et en prenant l'appareil. Si un changement d'objectif est nécessaire, on peut alors s'arrêter pour déposer l'objectif monté sur le boîtier dans le compartiment central, puis enlever le bouchon arrière du télé-objectif (par exemple) pour le mettre sur l'objectif enlevé, puis mettre le télé-objectif sur le boîtier. Une fois la photo prise, la manipulation est à refaire dans l'autre sens car le télé-objectif ne tiendrait pas dans le sac en étant monté sur le boîtier. En cas de changement de batterie ou de carte mémoire, le sac ouvert sert de support au boîtier et les deux mains peuvent alors effectuer le changement confortablement. On peut effectuer la plupart de ces opérations en marchant lentement et on n'a besoin de s'arrêter vraiment que lors de la prise de vue proprement dite. Tout le temps de l'arrêt peut alors être consacré à la réflexion sur la composition de l'image. Une configuration mono-objectif permet non seulement de ne pas perdre de temps à changer les objectifs mais également à éviter que de la poussière ne vienne se mettre sur le capteur pendant ce changement. Quand vous bouclerez la ceinture du sac à dos, faites la passer plus bas que le sac photo, cela évitera que celui-ci glisse à la faveur des mouvements des jambes pendant la marche.

Cartes mémoire et batteries

Emporter en trek du matériel photo numérique peut faire peur, sachant qu'il n'y aura pas, pendant plusieurs semaines peut-être, de prise de courant pour recharger ses batteries et d'ordinateur pour décharger ses cartes mémoire. Dans la pratique, ce n'est pas un problème. Les grosses batteries de reflex permettent de faire couramment 500 à 800 images avant de déclarer forfait (et même beaucoup plus avec certains boîtiers). Je prends pour ma part quatre batteries, mais j'en utilise rarement plus de deux. Même chose pour les cartes mémoire : leur prix est devenu dérisoire au fil des années et disposer des giga-octets nécessaires à stocker les centaines voire les milliers d'images que l'on peut faire pendant un voyage n'est pas un problème, même si vous enregistrez vos images en format RAW comme je vous y incite plus loin. Un conseil : prenez plutôt plusieurs cartes de plus petite capacité qu'une grosse carte qui vous ferait tout votre voyage. Si une carte venait à avoir une défaillance, vous ne perdriez alors que les photos stockées sur celle là et pas toutes les photos du voyage. Les disques durs alimentés par batterie ou piles et qui permettent de sauvegarder le contenu des cartes mémoires sans avoir besoin d'un ordinateur peuvent sembler une solution sécurisante, mais dans les conditions difficiles d'un trek ils s'avèrent beaucoup moins fiables que les cartes elles-mêmes (j'ai personnellement connu des problèmes avec ce genre de matériel et je ne suis pas le seul). La meilleure solution à tous points de vue (fiabilité, simplicité, poids) est d'avoir assez de cartes pour stocker toutes les photos du voyage et à les protéger dans des boîtiers étanches et résistants aux chocs. Certains boîtiers permettent d'enregistrer les images sur deux cartes mémoire simultanément. C'est le summum en matière de sécurité : la probabilité que deux cartes tombent en panne simultanément est très réduite si elles ne sont pas stockées au même endroit.

Vous venez d'acquérir un nouvel appareil photo et vous ne savez pas combien de batteries et de cartes mémoire vous devez prendre en voyage? Estimez tout d'abord le nombre de photos que vous allez faire chaque jour en fonction de vos habitudes (ne soyez pas timide dans vos estimations, le numérique incite à mitrailler). Faites des photos de sujets variés et calculez la taille moyenne des fichiers qui ont été créés lors de ces prises de vues. Le nombre de photos par jour multiplié par le nombre de jours de voyage multiplié par cette taille moyenne vous donnera la taille des cartes que vous avez à prendre. N'hésitez pas à appliquer un solide coefficient à ce nombre pour vous réserver une bonne marge de sécurité. Pour les batteries : charger une batterie à bloc puis faites chaque jour autant de photos avec l'appareil que vous comptez en faire par jour en moyenne pendant le voyage (vous pouvez prendre n'importe quel sujet à répétition sans chercher à répartir ces photos dans la journée). Une fois la batterie vidée, vous savez combien de jours elle tiendra pendant le voyage. Là encore, prendre une bonne marge de sécurité est une précaution élémentaire. Après votre premier trek, vous pourrez raffiner ces estimations.

Dernière mise à jour le jeudi 1er Juin 2017. Copyleft Franck Zecchin 2017.