GPS, photographie et géolocalisation

«Un GPS, en trek ? Pour quoi faire, tu as peur de te perdre ?», «Pas besoin de gadgets électroniques, je marche naturel moi, môssieur !». C'est généralement avec ce genre de quolibets que vos compagnons de voyage ignorants accueilleront la vision d'un GPS sorti de votre sac ... enfin, au début du trek. A la fin, vous leur aurez expliqué qu'un GPS en trek ne sert pas à remplacer le guide (de toutes façons indispensable), ne sert pas non plus à retrouver votre groupe ou votre chemin si vous vous perdez (dans ce cas là, une seule chose à faire : ne bougez pas et on vous retrouvera). Il sert à ne pas vous faire trimballer comme un sac de patates, sans savoir ni où vous êtes ni où vous allez, admirant les paysages comme une suite de tableaux sans lien. Il sert à être conscient de l'espace géographique dans lequel vous vous déplacez, et cette conscience va faire de vous un véritable acteur de votre voyage plutôt qu'un touriste passif. Il n'y a qu'à voir la bousculade, le soir, autour de la carte où le guide vous montrera le cheminement de la journée et celui du lendemain pour comprendre l'intérêt d'un GPS en trek. Et c'est finalement au son de «tu m'enverras la carte avec notre parcours, hein ?» que vous vous séparerez de compagnons de voyage désormais conquis par cette technologie.

Le GPS

La fonction de base du GPS, ou Global Positioning System, est de vous donner votre position. Pour ce faire, il va capter les signaux émis par toute une série de satellites en orbite autour de la Terre. La première chose à retenir est donc que, contrairement à une idée reçue assez fréquente, le GPS n'émet aucun signal vers les satellites et ne permet à personne d'autre que vous de savoir où vous êtes. La deuxième est que le GPS n'est pas un outil magique : c'est à la base un récepteur radio. Si vous entrez dans un bâtiment ou dans un véhicule, ou même si vous vous trouvez au fond d'une vallée encaissée, dans une ruelle étroite ou sous un couvert d'arbres dans une forêt épaisse dont les feuilles sont humides, vous ne recevrez pas les signaux des quatre satellites qui sont nécessaires pour établir votre position (trois avec une précision dégradée) et le GPS sera muet. Il est toutefois à noter que la performance de réception des signaux faibles des GPS dans ces circonstances difficiles s'améliore avec chaque nouvelle génération.

Garmin GPSMAP 62Le fait de connaître votre position n'est pas forcément suffisant : une indication comme 27° 4.3655' N 88° 28.7019' E ou même comme UTM 45R 646591E 2995355N risque ne de pas être très explicite. En fait, elle l'est. Si vous avez une carte dotée d'une grille de coordonnées et si vous avez demandé à votre GPS d'utiliser le même système de coordonnées que celui de votre carte, vous saurez alors indiquer sur cette carte l'endroit où vous vous trouvez. Si cela ne vous suffit pas, sachez que vous pouvez également demander au GPS d'enregistrer vos positions successives, tout au long du trek, dans sa mémoire. Cela s'appelle une trace. Vous pouvez également enregistrer certains points précis correspondant à des lieux importants (campement, pont, col, ...) en leur donnant un nom. Cela s'appelle un waypoint ou point de référence. Au retour, en utilisant un logiciel de cartographie compatible avec votre GPS (voir dans la suite de l'article), vous pourrez superposer cette trace et ces waypoints avec une carte ou une image satellite pour savoir où vous êtes passés précisément. Une autre possibilité intéressante des GPS : les modèles haut de gamme affichent aujourd'hui sur leur écran le point où vous êtes situé (ainsi que la trace enregistrée) avec une carte des alentours (voir image ci-contre). Suivant les GPS et le pays, cette carte peut être la copie d'une carte papier que vous aurez numérisée ou une carte vectorielle (composée de lignes, comme dans les cartes des GPS pour automobilistes) vendue par le fabricant du GPS ou par une société tierce. Dans beaucoup de pays du tiers monde, ce genre de carte n'existe pas et vous devrez soit vous contenter de charger une carte mondiale très peu détaillée soit, si vous avez un GPS qui le permet, de charger la copie d'une carte papier numérisée.

Quelles sont les qualités d'un GPS de trek ? Il doit avoir une bonne durée d'utilisation avec un jeu de piles. On utilise dans un GPS des piles standard (LR6 ou AA), mais au lithium. Ces piles sont un peu chères, mais durent plus longtemps que les alcalines. Elles sont très légères, ne se déchargent pas avant utilisation et supportent bien le froid. Ça n'est pas du luxe car les GPS consomment pas mal d'énergie : si vous le laissez dans la poche supérieure de votre sac à dos, allumé en permanence pendant la marche pour qu'il enregistre votre parcours, un GPS de type Garmin GPSMAP 60 CS consommera ses deux piles lithium en 8 jours en moyenne (un record je crois), un Garmin GPSMAP 62st en 5 jours, un Garmin Etrex Vista ou un TwoNav Aventura tiendront trois jours et un Magellan Meridian Platinum même pas trois jours. Je peux vous donner ces chiffres parce que j'ai essayé ces modèles, mais il est impossible de savoir combien durera un GPS sur un jeu de piles sans l'essayer tant les chiffres donnés par les fabriquants sont fantaisistes. Il doit ensuite avoir une mémoire suffisante pour enregistrer la trace de votre trek pendant toute la durée de celui-ci. Cela signifie en pratique qu'il doit offrir la possibilité de régler la distance minimale entre deux points qu'il va enregistrer dans cette trace : il vous suffit alors d'estimer quelle sera la distance parcourue pendant le trek, puis de la diviser par le nombre de points présent dans la mémoire de traces de votre GPS et vous aurez cette distance entre deux points à enregistrer. Avec cette astuce, vous ne pourrez pas être à court de mémoire pendant le trek.

La cartographie

Nous l'avons vu, sans carte un GPS ne sert pas à grand chose. Une carte vous renseignera sur le relief alentour, sur les types de terrain, rivières, villages et autres points remarquables que vous allez rencontrer. Trouver des cartes détaillées qui couvrent les lieux perdus où nous allons faire du trek n'est pas chose facile. Si votre trek est un «classique» bien fréquenté, vous avez une chance de trouver les cartes qu'il vous faut dans une librairie spécialisée, en France. Sinon, il faut partir à la pêche sur le net. Il existe des cartes topographiques russes au 1/100000e qui couvrent quasiment toute la planète et que l'on peut télécharger. A part leur précision approximative, on peut leur reprocher ... d'être écrites en cyrillique. Il existe aussi des photos satellites que l'on peut compléter avec des courbes de niveau créées à partir de modèles d'élévation numériques qui couvrent la terre mais elles ne montrent pas les villages, les routes et les rivières.

Rien de parfait donc, mais on peut assembler dans un logiciel de cartographie toutes ces sources et soit les imprimer soit essayer de les injecter dans un GPS (pour les quelques modèles qui permettent cela). Au retour, on chargera la trace enregistrée sur le terrain depuis le GPS et on la superposera sur toutes ces cartes.

Google Earth

Il y a quelque temps déjà est apparu un logiciel gratuit qui change bien des choses en termes de cartographie : Google Earth. Vous n'avez pas envie de vous compliquer la vie en utilisant des logiciels de cartographie complexes ? Vous ne voulez pas passer des heures sur le net à glaner des cartes ici et là ? Vous n'avez pas de GPS mais souhaitez voir ce dont aura l'air votre prochain trek ? Google Earth est pour vous. Déplacez vous d'un coin à l'autre de la terre en quelques clics de souris, zoomez, remontez, regardez le paysage en relief en 3D ... Les images satellites utilisées ne sont pas partout de la meilleure définition mais la facilité d'utilisation est inégalable. Mieux, vous pouvez avec un site comme GPS Visualizer convertir un fichier de traces et de points issus d'un GPS aux formats kml ou kmz qui vous permettront, ainsi qu'à tout internaute ayant installé Google Earth, de «revivre» votre trek en 3D. C'est une variante de ce mécanisme que j'utilise pour montrer les parcours des treks sur ce site. J'ai déjà entendu des commentaires goguenards sur le fait que Google Earth allait réduire l'intérêt des treks puisque l'on pouvait «aller» grâce à lui dans les endroits les plus inaccessibles sans effort, mais c'est bien mal connaître l'intérêt du trek que de dire cela à mon avis.

Situer les lieux de prises de vues avec un GPS

Il n'est pas toujours facile, en trek, faute de repères aisément identifiables, de se souvenir où a été prise telle ou telle photo. Les légendes sont alors d'autant plus difficiles à écrire. Or, un appareil photo numérique, quel qu'il soit, enregistre toujours dans le fichier image des informations sur la prise de vue (informations EXIF) et notamment la date et heure de cette prise de vue. Un récepteur GPS, quant à lui, est capable, s'il est laissé en fonctionnement (même dans le dessus du sac à dos) d'enregistrer à intervalles réguliers la position, l'altitude, la date et l'heure. Il suffit donc, au retour, une fois les photos et la trace GPS récupérés sur un micro, de lire les informations EXIF de la photo dont on cherche la position et de chercher dans le fichier extrait du GPS la position correspondant à cette date et heure. Une option encore plus pratique consiste à utiliser un logiciel automatisant le processus. Il écrira directement la position estimée de la prise de vue dans les paramètres EXIF de l'image et vous pourrez utiliser cette positon dans l'outil de votre choix (Lightroom avec Google Maps, Flickr) pour montrer l'emplacement de prise de vue sur une carte. Une photo prise sur place du GPS en fonctionnement et affichant l'heure vous permettra même de corriger le petit décalage qui pourrait exister entre l'heure du GPS et celle de l'appareil photo pour améliorer la précision. Les logiciels permettant de faire cela diffèrent suivant que vous êtes sur PC ou Mac. Pour en trouver un, cherchez le mot «Geotag» sur le Web.

Dernière mise à jour le jeudi 1er Juin 2017. Copyleft Franck Zecchin 2017.